• La montée en cadence de l'usine KNDS, fabricant du canon Caesar, symbole de l'économie de guerre
    Apr 2 2025

    « Nous entrons dans une économie de guerre », voilà ce qu'annonçait le président français Emmanuel Macron mi-2022. Désormais, trois ans après le début de l’invasion russe en Ukraine, l’Europe veut aussi prendre son indépendance militaire vis-à-vis des États-Unis de Donald Trump, qui se sont rapprochés de la Russie. Dans ce contexte, l’Union européenne prévoit de mobiliser jusqu’à 800 milliards d’euros d’ici à 2030. Alors comment l’industrie s’adapte-t-elle ?

    Ce qui frappe d’abord en arrivant à l’usine, ce sont les travaux d’agrandissement en cours. Là, un hangar provisoire. Ici, un trou de plus de deux mètres de profondeur sur plus de 100 mètres carrés pour faire place à de nouvelles machines. « On est dans la dernière canonnerie de France », explique Gabriel Massoni, porte-parole du groupe franco-allemand KNDS, leader européen de l'artillerie. Sur l'ensemble des munitions fabriquées par le groupe en France, 90 % partent en Ukraine. Mais aussi beaucoup de canons Caesar, qui sont faits en partie dans cette usine.

    Dans l'usine, l'économie de guerre est une réalité depuis le début de l'invasion russe. « On a investi 600 millions d'euros en fonds propres depuis trois ans, pour tripler la production de canons Caesar et d'obus de 155 mm qui sont tirés par le canon Caesar. On a recruté, on a acheté des machines, on est en train de pousser les murs, donc on a cette expérience de l'économie de guerre », affirme le parole-parole.

    Avant 2022, le groupe fabriquait un à deux canons Caesar par mois. Aujourd'hui, c'est six par mois. De longs tubes de métal de plusieurs mètres de long, usinés pas au millimètre, mais au micromètre près. Kévin travaille ici depuis dix ans. Il a vu les effectifs passer de 120 à 200 personnes et la cadence s'accélérer. Nous ne pouvons pas donner son nom de famille pour des raisons de confidentialité. « Ça a doublé au niveau effectif dans la ligne depuis que je suis arrivé. Et avec l'augmentation [de la production, NDLR], on a eu des demandes pour venir travailler les samedis matin aussi sur la base du volontariat », détaille-t-il. Sur sa ligne, où sont fabriqués les tubes de futurs canons Caesar, les salariés travaillent en trois huit, ce qui n'a pas toujours été le cas. Une dizaine de nouvelles embauches sont prévues cette année.

    L'entreprise, qui avant s'appelait Nexter, a demandé à ses fournisseurs, plus de 2 000, d'accélérer aussi la cadence. « Tous nos fournisseurs, on les accompagne. Il ne s'agissait pas que KNDS soit en capacité de fabriquer huit canons par mois et que nos fournisseurs restent à une capacité de trois ou quatre », témoigne Laurent Monzauge, chef d'établissement KNDS à Bourges. Dans certains cas, le groupe a avancé de la trésorerie. Il a aussi parfois dû changer de fournisseurs.

    Aujourd'hui, les carnets de commande du groupe sont pleins pour trois ans. Et avec la hausse annoncée des dépenses militaires en Europe, ils pourraient encore se remplir davantage. L'industrie de la défense emploie près de 200 000 personnes en France, entre emplois directs et indirects.

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  • Image écornée et propriétaires embarrassés, les reventes de Tesla se multiplient sur le marché de l'occasion
    Apr 1 2025

    Désamour passager ou début d’un véritable déclin ? Les ventes de voitures Tesla en Europe ont été divisées par deux en un an. Sur le marché de l’occasion, les annonces fleurissent depuis janvier. Une tendance difficile à interpréter, entre renouvellement de la gamme du constructeur, concurrence accrue et rejet d’Elon Musk. Certains consommateurs sont rebutés par les prises de position du patron de Tesla, l'un des plus proches conseillers de Donald Trump à la Maison Blanche.

    Se séparer de sa Tesla, Alberto, qui travaille dans un quartier de bureaux au nord-ouest de Paris, y songeait depuis le rachat de Twitter, devenu X, par Elon Musk. C’est désormais chose faite. « J'ai vendu ma Tesla modèle Y en fin d'année 2024. L'élection de Donald Trump et l'implication de Musk dans la campagne électorale et ce qui en a suivi a fini de me décider. En tout cas, cela ne veut pas dire qu'un jour ou l'autre, si Musk n'est plus à la tête de Tesla, je ne retournerai pas chez Tesla. Mais à date, je pense qu'on ne peut pas cautionner ce qu'il fait », explique-t-il.

    Une opinion partagée par Adrien, qui jette un regard quelque peu désenchanté vers sa voiture. Il a décidé de la vendre pour des raisons personnelles. Mais s’il n’a pas encore choisi son prochain véhicule, pour lui, une chose est sûre : « Je n'achèterai pas de Tesla. Avec la place qu'a prise Elon Musk dans l'actualité, toutes ses idées, cela ne passe pas vraiment. Financer son idéologie de fou furieux, c'est très compliqué. »

    Ils étaient pourtant attachés à la marque. C’est l’intérêt d’Alberto pour l’innovation technologique qui l’avait persuadé d’opter pour le constructeur, il y a quatre ans. « J'étais plutôt convaincu par le concept qui avait plutôt l'image d'une marque avant-gardiste, en avance sur tous les autres », selon lui. Une image aujourd’hui écornée. Cyrille, collègue d’Alberto, qui vend sa Tesla achetée d’occasion il y a un peu plus d’un an, peut en témoigner : « On est passé de "bobo écolo" à limite d'extrême droite "nazi". »

    Rayures, jets de peinture, incendies… Certains véhicules Tesla ont été ciblés par des militants anti-Elon Musk. Des évènements qui comptent aussi dans la décision de boycotter la marque. « Il y a aussi la crainte de se faire abîmer la voiture et qu'elle soit peut-être un peu moins vendable plus tard. Ce qui nous donne un peu raison, quand on voit tout ce qui concerne les prix de revente, le nombre d'annonces », abonde Alberto.

    Trop de voitures alors que la demande recule. Sur Leboncoin, plateforme de petites annonces, le prix moyen des Tesla a baissé d’environ 3 000 euros depuis janvier. « Avec tout ce qui se passe et le bashing de Tesla, la cote a beaucoup baissé. À l'heure actuelle, elle est cotée approximativement 28 000 euros par la cote Argus, la cote officielle. Et à titre d'exemple, j'ai une concession BMW qui me propose une reprise à 17 000 euros. Donc, pour moi, ce n'est pas possible. », regrette Cyrille. Revendre sa voiture par désaccord avec Elon Musk, oui, mais pas à n’importe quel prix ! Cyrille a finalement décidé de garder son véhicule encore quelque temps, en espérant que le marché reprenne des couleurs.

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  • À Paris, la communauté malgache se rassemble pour fêter son Nouvel An
    Mar 31 2025

    Les Malgaches de la diaspora ont fêté leur Nouvel An, samedi 29 mars 2025. Et pour cette deuxième édition, un festival leur était dédié à la REcyclerie, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, un lieu écoresponsable qui met en avant depuis deux ans cet événement. Un espace dans lequel, pendant trois jours, cette diaspora, qui représente plus de 180 000 Malgaches en France, s'est retrouvée. Au menu : des conférences, une exposition photographique, un espace livres, des projections documentaires, des rencontres avec plusieurs collectifs, des musiques, des contes... Il y en avait pour tous les goûts.

    Le Nouvel An malgache repose sur le calendrier lunaire, comme l'explique Hobi Rakotoson : « Il faut savoir que le Nouvel An malgache change d'une année à l'autre, puisqu'on est sur un calendrier lunaire. Mais le 29 mars est aussi la commémoration du 29 mars 1947, l'insurrection malgache contre la domination française. C'est l'un des moments phares de la lutte anticoloniale malgache. C'est donc une date importante qui coïncide avec le Nouvel An malgache. Être ici aujourd'hui, c'est très symbolique. »

    Un Nouvel An engagé selon l'organisatrice de ce festival, Audrey Randjiamandjia, à la tête de l'association Malagasy Women Empowerment : « Ce festival est aussi un moyen pour toutes les personnes qui œuvrent pour Madagascar de valoriser ce qu'elles réalisent sur le terrain. C'est ce que nous faisons aujourd'hui : réduire l'écart d'information entre ce que les gens savent de Madagascar ici et ce que vivent ceux sur le terrain »,explique l'organisatrice.

    « Nous y parvenons en organisant des ciné-débats, par exemple. Certains films sont interdits de diffusion à Madagascar, mais nous continuons à soutenir les réalisateurs et le cinéma malgache. Nous organisons aussi d'autres activités, comme des conférences, pour permettre à la diaspora, notamment ceux qui ne retournent plus à Madagascar ou qui ne s'engagent pas nécessairement, d'avoir les informations nécessaires et éclairées sur la situation actuelle du pays », poursuit-elle.

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    Un festival qui crée des ponts et des liens

    Kalina, présente pour ce Nouvel An malgache 2025, constate : « Franchement, mon pays me manque. J'ai juste envie de dire ça. Venir ici est très enrichissant. On a de la chance d'avoir ce genre d'événements ici, avec autant d'associations. »

    Hobi Rakotoson, ingénieure de formation, a mis son métier entre parenthèses. Elle valorise la culture malgache à travers son entreprise Lamake, qui crée des jeux de société. « Souvent, on nous dit : "Ah, mais tu es malgache, mais tu ne parles pas malgache ?", "Oh, tu es malgache, mais tu as un accent" ou encore "Tu as vécu à Madagascar, mais tu n'as pas appris à parler malgache ?", constate-t-elle. Ce sont de vraies problématiques auxquelles nous, la diaspora, ou même des personnes ayant vécu là-bas, faisons face. Le but, c'est de permettre de faire un pas vers la culture malgache à travers la langue. L'idée est de débloquer cette barrière pour embrasser son identité, sa culture, ses origines et découvrir Madagascar. »

    Il y a aussi des histoires de princesses et de princes avec Hanta, la conteuse. Et il est temps, en cette nouvelle année, de faire des vœux…

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  • Face à la concurrence asiatique, le fabricant français d'instruments à vent Selmer mise sur le haut de gamme
    Mar 27 2025

    La maison Henri Selmer, fabricant français historique d’instruments à vent, fête ses 140 ans. L’occasion de revenir sur le marché des instruments en France. Un million d’instruments neufs est vendu chaque année. Ce n’est pas forcément une bonne nouvelle pour les fabricants français. En effet, 98% de ces instruments proviennent d’Asie. Pour survivre, les marques françaises misent sur le haut-de-gamme.

    Par Pénélope Le Mauguen,

    « Je crois que celui-ci par exemple marche bien. » Vous ne ferez peut-être pas la différence, mais pour ce musicien professionnel, tous les instruments ne se valent pas. Nous sommes à Mantes-la-Ville, à l’ouest deParis, dans les ateliers Henri Selmer, fabricant emblématique d’instruments à vent. « La richesse du son, c'est cette résonance qu'on sent, cette chaleur qu'on sent, ce côté même presque boisé qu'on a à l'intérieur du son de la clarinette », explique Adrien Besse, responsable de marché chez Henri Selmer.

    Selon lui, les instruments importés sont très souvent d’une qualité acoustique bien inférieure. « La différence, elle s'entend à l'oreille. On peut vraiment, même en étant complètement novice, écouter deux instruments et sentir cette différence de richesse de son dès la première note. Généralement un instrument de mauvaise facture, il va avoir un spectre sonore extrêmement pauvre », estime-t-il.

    Qualité médiocre mais prix agressifs, les instruments asiatiques ciblent particulièrement les débutants. « Dans les 20-30 dernières années, vous avez eu la concurrence chinoise qui s'est positionnée sur des instruments très, très accessibles. La majeure partie de la concurrence asiatique se situe plutôt sur les instruments intermédiaires et les instruments d'études, où elle est effectivement très âpre. Sur les instruments d'études, j’aurais tendance à dire que tous les instruments sont des instruments d'importation entièrement réalisés en Asie », selon Thierry Oriez, le président de l’entreprise.

    Réputation inégalée

    Cette situation a conduit à un effondrement du nombre de fabricants en France. Ils ne sont plus qu’une vingtaine aujourd’hui, contre 150 en 1960. Ceux qui restent tablent sur le haut-de-gamme. « Le savoir-faire de la fabrication, ça, c'est quelque chose qui reste vraiment spécifique. Donc on a des savoir-faire d'acousticiens, de techniciens qui rentrent dans la conception et ensuite la fabrication », comment Stéphane Gentil, chef de produit clarinette.

    Une réputation d’excellence qui leur permet d’exporter partout dans le monde. Mais le contexte géopolitique depuis le retour de Donald Trump n’est pas pour les rassurer, ajoute Thierry Oriez. « On est quand même sur une période un peu surprenante, avec des incertitudes sur les droits de douane, des incertitudes sur l'activité économique en règle générale. Et tout ce n'est pas forcément favorable à l'activité, quelle qu'elle soit, et en particulier à l'activité culturelle », dit-il.

    Solution défendue par les professionnels du secteur : que les pouvoirs publics incitent les écoles et conservatoires à acheter des instruments fabriqués en France.

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  • À l'université de Metz, un diplôme franco-ukrainien forme de futurs managers
    Mar 26 2025

    Depuis 2022, l’université de Metz, dans l’est de la France, dispense des cours de management et de commerce international à des étudiants ukrainiens. Une formation unique en France pour les aider à reconstruire leur pays à l’issue de la guerre.

    Un reportage à retrouver dans son intégralité dansAccents d'Europe.

    À écouter dans Grand reportageAprès 3 ans de guerre, les Ukrainiens résignés

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  • Pédocriminalité dans l'Église en France: le témoignage glaçant d'une victime de viol
    Mar 25 2025

    Près de 1 600 victimes de pédocriminalité dans l'Église en France ont saisi l'Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (Inirr) depuis 2022, avec de nouvelles demandes suscitées notamment par la médiatisation de l'affaire abbé Pierre et le scandale des violences physiques et sexuelles de l'établissement Notre-Dame-de-Bétharram, dans le sud-ouest de la France.

    L’Inirr, l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation, instance créée fin 2021 par la Conférence des évêques de France, indemnise et accompagne les victimes de pédocriminalité dans l'Église. Elle présentait à la presse ce mardi 25 mars son rapport 2024. Depuis sa création, elle a accompagné 1 580 personnes, dont Gilles Tillet, à qui elle a choisi de donner la parole pour faire connaître encore un peu plus sa mission.

    Gilles Tillet a 53 ans, il est scénariste. Il avait dix ans lorsqu'il a été violé par le père Preynat, un prêtre à l'origine d'un des plus gros scandales pédocriminels au sein de l'Église en France. Les souvenirs du quinquagénaire n'ont resurgi qu'en 2019. « Pendant le procès Preynat, la veille du verdict, je me suis mis à avoir d'importantes crises d'angoisse, de panique, de crises de larmes, d'insomnies, se rappelle-t-il. Je pensais que c'était dû à mon travail parce que j'ai toujours galéré dans mon travail. Et j'ai revécu concrètement les scènes de viols de Preynat. »

    Gilles décide de porter plainte. Mais comme pour beaucoup d'autres victimes du prêtre, les faits sont prescrits. Sur les conseils d'un cousin, il contacte donc l'Inirr, l'instance de reconnaissance et de réparation pour les victimes de l'Église. « Quand on est violé à neuf ou dix ans, comme c'est mon cas, mon cerveau a switché. Comme c'est le passé et que c'est loin, est-ce que c'est vraiment arrivé ? Ça, c'est vraiment une question atroce. Comme toute la société maintient que ce n'est pas arrivé... Tout le monde savait, n'empêche que ça met dans le cerveau un vrai doute. Et donc c'est pour ça que j'ai écrit un document que j'ai apporté. »

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    Les conséquences d'un viol sur un enfant

    Gilles sort d'un sac un épais dossier. Il y a compilé des articles sur le père Preynat, des photos personnelles de l'époque, les récits de ses souvenirs. C'est avec ces documents qu'il rencontre les professionnels de l'Inirr. Avec leur aide, le quinquagénaire parvient à comprendre l'ampleur des conséquences des viols qu'il a subis. « J'ai pu déconstruire ma vie. J'étais vierge jusqu'à mes 28 ans. Moi, j'étais un bon élève. Donc pourquoi derrière 25 ans de RSA [un complément de revenu pour les travailleurs les plus pauvres] ? Il y a vraiment un énorme problème en fait. »

    « Donc réaliser que j'avais été violé plus la démarche avec l'Inirr m'a permis quasi-immédiatement de sortir du RSA. Je me suis installé avec mon copain aussi, alors que ça faisait quatorze ans qu'on était ensemble. C'était concret. Qu'est-ce que ça fait de violer un gamin ? Voilà. Qu'est-ce que ça fait sur son cerveau ? », dénonce-t-il.

    Si Gilles parle aujourd'hui, c'est pour encourager la parole des autres victimes. Alors il se réjouit quand elle se libère, tout comme récemment avec l'affaire Bétharram. « On n'imagine pas le courage des personnes. C'est incroyable ce que ça demande en fait, ces gens-là, mais bravo quoi ! », s'exclame le cinquantenaire. Un bravo que lui renvoie la salle, chose rare en conférence de presse.

    Le rapport 2024 de l'Inirr.

    À écouter dans Religions du mondeEmprise spirituelle: mécanismes et conséquences (volet1)

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  • Chez les mineurs incarcérés à Marseille, l'école en pointillé
    Mar 24 2025

    La loi proposée par Gabriel Attal sur la justice des mineurs doit être votée au Sénat ce 25 mars. Elle propose une dérogation à l'excuse de minorité pour les jeunes délinquants multirécidivistes, la possibilité d'une comparution immédiate et la responsabilité civile solidaire des parents pour les dégâts causés par leurs enfants. Cette loi pourrait augmenter le nombre de mineurs en détention. Visite d'un établissement pour mineurs à Marseille, ville particulièrement touchée par le trafic de stupéfiants.

    De notre correspondante à Marseille,

    À la prison pour mineurs de Marseille, les portes s'ouvrent, exceptionnellement, pour laisser passer le député des Bouches-du-Rhône, Hendrik Davi. Il fait valoir son droit de visite.

    « On va voir quelles sont les conditions de détention des petits jeunes. On va voir les activités qu'ils peuvent avoir pour n'importe quel détenu. On va voir si les conditions de détention sont correctes. »

    Depuis les rangées de cellules qui donnent sur la cour, 50 adolescents de 13 à 17 ans essayent d'attirer l'attention du député. Idrisse a autrefois fait partie de ces jeunes incarcérés. Il a aujourd'hui 29 ans et explique l'engrenage.

    « Toute ma jeunesse, toute mon adolescence, je les ai passées dans les centres éducatifs fermés et la prison. La Busserine, c'est l'un des quartiers où il y a le plus de trafic. Et quand tu lèves la tête et que tu regardes autour de toi, tout le monde baigne dans le trafic pour subvenir à leur consommation, à leur style vestimentaire, à tout ça. Et puis petit à petit, je suis rentré dans le stup à guetter, à vendre et à monter de grades, jusqu'à voler et à braquer... »

    Sur lui, la détention a eu des effets positifs.

    « Oui, ça a été bien parce qu'il y a toujours des psychologues où ça te permet aussi de te poser, de faire une relecture un peu sur ta vie. Chez les mineurs, ça a été utile dans le sens où ils proposaient beaucoup de scolarité. Et aujourd'hui, je suis diplômé, moniteur éducateur, je fais une VAE pour être éducateur spécialisé. »

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    « La notion d'apprentissage et la notion d'éducation, elle est fondamentale »

    Mais ce jour-là à l'EPM, la direction l'avoue, il n'y a pas école à cause du manque de personnel. La situation n'est pas rare, elle est due à de nombreux arrêts maladie et des difficultés de recrutement. La juge pour enfant Laurence Bellon a suivi des mineurs pendant trente ans.

    « Quand vous êtes avec un mineur, la notion d'apprentissage, la notion d'éducation, elle est fondamentale. L'idée qu'en frappant l'enfant va comprendre. Ce n'est pas vrai. Vous avez là ceux qui sont en grande difficulté et ceux qui ne sont pas en grande difficulté, ils le deviennent en étant placés avec des gamins qui sont très difficiles. On s'est mis à souhaiter de plus en plus que les mineurs soient traités, je ne dis pas comme des majeurs, mais un peu comme des majeurs. »

    Des crédits qui favorisent l'enfermement, pourtant beaucoup plus coûteux que des places en foyer. Plusieurs syndicats appellent à manifester contre la loi Attal et pour une augmentation des moyens dans l'éducatif.

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  • Violences sexuelles dans le cinéma: la commission d’enquête touche à sa fin
    Mar 23 2025
    C’est un procès emblématique de la vague #MeToo dans le milieu du cinéma qui débute ce lundi 24 mars pour deux jours : celui de l’acteur français Gérard Depardieu. Il est jugé pour agressions sexuelles sur deux femmes lors du tournage du film Les Volets verts, en 2021. Et, à l'Assemblée nationale, une commission d’enquête chargée d’identifier les abus et les violences sur les plateaux de cinéma prévoit de rendre son rapport final le 9 avril prochain. Depuis le mois de mai 2024, à l’Assemblée nationale et à l’initiative de l’actrice Judith Godrèche, une commission d’enquête est chargée d’identifier les abus et les violences dont sont victimes les majeurs et les mineurs sur les plateaux de cinéma, notamment. Les travaux de cette commission touchent à leur fin. Les députés qui en sont membres ont des propositions concrètes en tête pour faire évoluer le cadre législatif.Ce fut l’un des temps forts des auditions menées par la commission d’enquête. Pendant une heure, le 7 novembre 2024, l’actrice française Sara Forestier témoigne de l’agression qu’elle subit sur un tournage en 2017. Des trémolos dans la voix, elle accuse son partenaire de jeu, l’acteur Nicolas Duvauchelle, de l’avoir giflée. L’équipe du film la dissuade alors d’engager des poursuites. « On essaye de m’empêcher d’aller au commissariat, raconte l’actrice. L’équipe panique. Ils ne savent pas gérer ce genre de situation. Il n’y a qu’une seule chose qui prend toute la place, c’est la peur, par rapport à l’argent et aux assurances. Et donc, tout de suite, on met la poussière sous le tapis et la victime doit encaisser. » L’actrice a depuis déposé plainte, l’acteur, lui, nie les faits.Comédiens, réalisateurs ou producteurs : en six mois, la commission d’enquête a interrogé près d’une centaine d’acteurs du cinéma, du théâtre, mais aussi de la publicité. À l’heure de la conclusion des débats, la députée écologiste Sandrine Rousseau, présidente de la commission, dresse un bilan contrasté : « Il y a d’un côté le vécu des personnes victimes qui relatent des faits récurrents et de, l’autre côté, un monde du cinéma qui comprend les enjeux, mais qui reste encore assez aveugle à la réalité des vécus des personnes. »À lire aussiCannes: Judith Godrèche réalisatrice du court-métrage «Moi Aussi» sur les violences sexuellesLe recours aux coordinateurs d’intimitéUn aveuglement et des défaillances. Exemple concret, l’audition de la réalisatrice Catherine Corsini, le 27 janvier dernier. Violences verbales à son encontre, accusations d’agression sexuelle à l’encontre d’un cascadeur… En 2022, le tournage de son film Le Retour est chaotique. À cela s’ajoute une scène à caractère sexuel impliquant une actrice mineure, non déclarée auprès de la commission des enfants du spectacle. Devant la commission, la réalisatrice s’en explique : « Je me suis dit qu’ils étaient d’accord. Ça les a fait marrer. On l’a fait rapidement et ça s’est bien passé. Mais j’admets qu’on n’aurait pas dû le faire, je le reconnais. » La députée Sandrine Rousseau intervient : « S'il y a un coach d'intimité, ça simplifie tout. » Catherine Corsini, lui répond : « À l’époque, je n’avais pas encore à l’esprit que le recours à un coach d’intimité pouvait entrer dans les pratiques. Je pensais que l’intimité, c’était le metteur en scène qui l’avait avec les acteurs. »Le coordinateur d’intimité est une sorte de médiateur entre le réalisateur et ses comédiens qui encadre les scènes intimes. Un métier encore largement méconnu en France qui accuse, d’ailleurs, un certain retard en la matière. En 2024, on comptait seulement quatre coordinateurs d’intimité dans l’Hexagone, contre près d’une centaine outre-Atlantique. Par ailleurs, ils ne sont pas obligatoires sur les plateaux. Alors, c’est l’une des priorités identifiées par la commission et sa présidente, Sandrine Rousseau : « Les coordinateurs d’intimité, c’est vraiment parmi les personnes qui manquent dans les tournages. Il faut qu’on sache exactement ce qui va être tourné, monté, ce qu’on va retenir comme plan, c’est absolument indispensable », appuie la députée.Indispensable, au point de figurer en bonne place dans le compte-rendu final de la commission, explique son rapporteur général, le député MoDem, Erwan Balanant : « Il faut rendre systématique le fait que les coordinateurs d'intimité soient proposés et qu’ils soient obligatoires si l’un des deux protagonistes souhaite qu’il y ait un coordinateur d’intimité. » L’une des nombreuses propositions du rapport final publié le 9 avril et qui débouchera, peut-être, sur une proposition de loi.À lire aussiMonia Aït El Hadj, coordinatrice d’intimité au cinéma: «On n'est pas là pour gommer la ...
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