Au tournant du millénaire, nombre d'Africains voyaient chez l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) un acteur décisif de la démocratisation du continent. Marquée par ses silences gênés en rapports embarrassés sur de flagrantes fraudes électorales, l'OIF est abandonnée en groupe, désormais. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont choisi la semaine du 55ème anniversaire de l'organisation pour annoncer leur retrait. Une décision qui constitue un coup dur. Pour marquer une telle commémoration, le Burkina Faso, le Mali et le Niger auraient pu espérer nouvelle plus réjouissante. Peut-être ces États espéraient-ils un retentissement d’importance, en démissionnant ainsi, en chœur. Mais, dans sa cruauté, l’actualité a fait tomber leur décision à plat, en braquant ses projecteurs sur les présidents rwandais Paul Kagamé et congolais Félix Tshisekedi, à Doha, au Qatar.Il n’empêche que, plus que jamais, l’utilité de l’OIF est source de questionnements, dans une Afrique où son rayonnement déclinait déjà passablement. Va-t-elle continuer à feindre l’indifférence ou se repenser, pour inspirer à nouveau confiance à des populations qui ont perdu toute illusion sur ce qu’elle est ?Sa secrétaire générale avait décliné, lors du dernier sommet, tout ce que n’est pas la Francophonie. Peut-être que l’OIF serait plus convaincante, si elle se contentait d’être ce qu’elle prétend être. À force de mener une politique qui prête trop souvent à confusion, elle en vient à se voir prêter des défauts qui ne sont théoriquement pas les siens. Comme lorsque cet auditeur, dans « Appels sur l’actualité » de RFI, soutient que le but de la Francophonie est de promouvoir la culture française.Ce malentendu s’entraperçoit dans la décision de retrait des trois sortants. À l’évidence, ils semblent certains de faire du tort à la France, en quittant la Francophonie. Alors que, dans les faits, leur départ n’affecte pas plus la France que la Belgique, la Suisse, ou le Canada.À lire aussiFrancophonie: les retraits du Niger, du Burkina Faso et du Mali, signes «d'une crise du multilatéralisme»Seuls perdants sont les citoyens ou organisations du Burkina Faso, Niger et le Mali qui se privent de subventionsDans cette rupture, les seuls perdants possibles sont probablement les citoyens ou organismes de ces trois pays qui vont devoir désormais se passer des petites subventions saupoudrées sur eux par la Francophonie.Certes, au fil des décennies, certaines attitudes ou décisions ont pu conforter une partie de l’opinion dans la certitude que l’OIF servait, à l’occasion, de variable d’ajustement à la diplomatie française. Ainsi, lorsqu'en dépit du soutien de Paris, Boutros Boutros-Ghali est poussé vers la sortie par la secrétaire d’État américaine Madeleine Albright et a échoué à obtenir un second mandat comme secrétaire-général des Nations unies, le chef de l’État français Jacques Chirac lui offre comme lot de consolation, le secrétariat général de l’OIF.Comme il l’offrira, en 2002, au président Abdou Diouf, qui avait entre-temps perdu le pouvoir au Sénégal. Même le choix de l’actuelle secrétaire générale a été perçu comme un moyen, pour la France, sceller des relations enfin apaisées avec le président Kagamé, intraitable, jusqu’alors, en raison du génocide.Mais, le fait, pour la France, de tirer avantage diplomatique de son poids dans l’OIF ne rend pas illégitime l’application aux régimes putschistes des sanctions prévues par les textes.D’ailleurs, au Commonwealth, l'équivalent anglophone de la Francophonie, les États-membres réunis par la langue, l'histoire, la culture se revendiquent tous de la démocratie, des droits de l’homme et de l’État de droit. Cela alors que leur charte précise que ces États n’ont aucune obligation les uns envers les autres, et que l’intitulé du Commonwealth - littéralement « prospérité partagée » - insiste sur la notion de partenaires libres et égaux qu’ils sont.Discréditée au sujet de régimes putschistesSans doute cette capacité à trouver des excuses à certains putschistes, tout en tenant d’autres à distance. Ces contorsions pour trouver « des évolutions positives en Guinée », alors que les méthodes du général Mamadi Doumbouya sont à peine différentes de celles de ses homologues burkinabè, nigérien et malien. Tant de discrédit enlève à quiconque l’envie de plaider la cause de l’OIF, lorsque, d’un coup, trois de ses membres l’abandonnent.Quant à la langue française, elle n’appartient plus depuis bien longtemps à la seule France. Se proclamer francophone, pour nombre d’Africains, n’est qu’une commodité. Ils sont aussi anglophones, lusophones et, comme dirait l’Ougandais Yoweri Museveni, « bantouphones ».