Episodios

  • En Allemagne, un bilan mitigé pour la dépénalisation partielle du cannabis, un an après
    Apr 4 2025

    C’était l’une des principales réformes de société promises par le gouvernement Scholz. Il y a un an, l’Allemagne dépénalisait la consommation et la culture du cannabis à des fins récréatives. 150 clubs de consommateurs ont depuis ouvert à travers le pays. Les cannabis sociaux clubs, comme on les appelle dans le pays, sont la base de la réforme, censés garantir la qualité des produits distribués légalement tout en luttant contre le marché noir.

    De notre envoyée spéciale à Erfurt,

    Nous sommes mercredi, jour de distribution dans le Cannabis Social Club d’Erfurt, en Allemagne. Deux sortes de fleurs de cannabis sont proposées par le club, cultivées par les membres sous strict contrôle sanitaire. La première récolte, en janvier, a donné 30 kilogrammes, la distribution, deux jours par semaine, est limitée à 20 grammes par membre et par mois, à raison de cinq euros le gramme, c’est deux fois moins que sur le marché noir. Les membres sont satisfaits.

    « Je suis tout à fait satisfait. Super bon goût et effet très agréable », apprécie l'un d'entre eux. « L'avantage, c’est qu’on ne doit pas se fournir sur le marché noir. On n’a plus l’impression de faire quelque chose d’interdit. On peut acheter de la bonne qualité. Et le prix est beaucoup plus avantageux qu’au marché noir », estime un autre. « Alors la quantité distribuée pourrait être un peu plus élevée. Souvent, ça m’est arrivé, surtout quand j’avais mon cancer, de me faire arrêter par la police. J’avais du cannabis sur moi. Et qu'ont-ils fait ? Bien sûr, ils me l’ont confisqué ! Je me sens bien plus libre maintenant, clairement », confie un membre.

    En Allemagne, 450 clubs ont déposé une demande d’autorisation, dont les deux tiers des dossiers sont toujours sans réponse. Hermann Klatt, le président du Cannabis Club d’Erfurt, se souvient des difficultés rencontrées. « Il faut avoir les gens qui s’y connaissent, et qui sont prêts à investir leur temps, beaucoup de temps. On a dû rassembler 250 000 euros de fonds privés, sans banques, sans soutien, rien », se remémore-t-il.

    Mais la légalisation très encadrée est encore fragile. À Berlin, les partis conservateurs ont promis un retour à la prohibition sous le gouvernement Merz. « Nous, dans le gouvernement régional bavarois, on a dit dès le départ que la légalisation du cannabis est une erreur et nous n’avons pas changé de position », affirme Joachim Herrmann, membre de la très conservatrice CSU bavaroise.

    À Erfurt, l’inquiétude est palpable. « Le vrai danger, c’est que dans les négociations de coalition, le SPD ne laisse tomber les consommateurs de cannabis, pour obtenir des concessions des conservateurs sur d’autres questions. Vous voyez bien, les gens qui viennent ici s’approvisionner en cannabis, ce ne sont pas des criminels. Mais si on revenait à la prohibition, ils seraient tous criminels », s'exclame-t-il. Selon les estimations, 17 % des adultes consomment en Allemagne du cannabis

    À écouter aussiAccents d'Europe: quel bilan pour le cannabis légal en Allemagne?

    Más Menos
    3 m
  • Dans l’enclave russe de Kaliningrad, des Européens décrits comme «ni amis, ni ennemis»
    Apr 3 2025
    Le territoire de 15 000 mètres carrés frontalier de la Pologne, de la Lituanie et de la Biélorussie et relié à la Russie à travers les 70 kilomètres du corridor de Suwalki est à la fois une forteresse ultra-militarisée au bord de la mer Baltique et un territoire qui entretenait avant la guerre en Ukraine et les sanctions occidentales des liens étroits avec l’Europe. Reportage dans ce territoire « baromètre » des relations UE-Russie. De notre envoyée spéciale à Kaliningrad,Kaliningrad, fin de journée, un stade dans la ville. Une partie de football dans la lumière claire du printemps malgré le froid, des coureurs sur la piste et deux adolescents de 17 ans qui déboulent, sourire aux lèvres, mais visage sérieux. Pavel et Eugène sont venus s’entraîner pour leurs futurs concours d’écoles supérieures. Membres d’un des clubs militaro-patriotiques de la ville, ils visent des établissements d’études militaires supérieures prestigieux en Russie. Pavel postule à l'École navale de Saint-Pétersbourg, « parce que je considère qu'être militaire dans notre pays est un honneur » dit-il ; Eugène à l'École supérieure d'artillerie de Moscou. Ce dernier se définit comme « un patriote qui veut défendre son pays jusqu'à la dernière goutte de son sang ». Eugène se dit aussi « convaincu que les Iskander sont des armes de haute technologie capables d'accomplir n'importe quelle mission et fier que nos scientifiques puissent réaliser de telles performances avec cette arme ».Les Iskander sont déployés à Kaliningrad depuis 2018. Ces missiles sont capables d’envoyer des charges conventionnelles ou nucléaires à 500 kilomètres et peuvent donc atteindre rapidement plusieurs pays voisins directs de cette enclave. Cette fierté de les héberger sur le territoire de Kaliningrad, également siège de la flotte russe de la mer Baltique, est évidemment partagée par le dirigeant de leur club qui a demandé à être présenté sous le pseudonyme sous lequel il dit être connu sur les réseaux sociaux et dans la région, celui de Maxim Maximosvky, 37 ans, fonctionnaire dans le civil, volontaire bénévole pour ce club.« Les Iskander, c'est bien que tout le monde y pense et les craigne » avance-t-il. « C'est même très bien. C'est notre totem de protection. Bien sûr, nous sommes un os dans la gorge de l'Europe ». Reste que Maxim Maximosvky se présente comme très proche de la ligne de l’État russe en affirmant : « On ne peut pas dire que Kaliningrad est entourée par des pays ennemis. Pour moi, ils sont, comme Vladimir Poutine les a désignés, des pays "inamicaux". Il n’y a pas si longtemps, la population locale voyageait librement et souvent juste pour la journée en Pologne, en Lituanie, en Allemagne, par bus. La région était très tournée vers l’Europe, et ses habitants largement perçus dans le reste de la Russie comme presque Européens, tout en étant des citoyens russes. Mais quand les frontières ont fermé, ils sont devenus indésirables en Europe. Les citoyens de Kaliningrad se sont donc rappelés qui ils étaient et ont réorienté leur vie ».En juin 2022, la tension est montée en flèche entre Kaliningrad et ses voisins. Appliquant les sanctions européennes contre la Russie, la Lituanie a bloqué le transit par voie ferrée de certaines marchandises vers ce territoire. Moscou a dénoncé un « blocus ». Jusque-là, tous les mois, une centaine de trains de passagers et de marchandises non militaires reliaient Kaliningrad à la Russie continentale, en passant par la Biélorussie, alliée de Moscou, et la Lituanie, membre de l’Union européenne (UE) et de l’Otan depuis 2004. La mise en place de ce transit était l’une des conditions imposées à la Lituanie lors de son adhésion à l’UE.Après une énorme exposition médiatique, les tensions officielles sont retombées. Mais aujourd’hui, Kaliningrad est surtout reliée pour le trafic des biens à la Russie par des ferrys venus de Saint-Pétersbourg, et si personne ne se plaint tout haut de ruptures d’approvisionnement, on soulève des problèmes de transit. Sous couvert d’anonymat, une cadre d’une usine de viandes a ainsi affirmé à RFI que ses camions vers la Russie continentale pouvaient être bloqués des jours entiers pour de longs contrôles douaniers organisés par la Lituanie, handicapant ainsi ses exportations, très dépendantes de dates limites de consommation. En 2023, des médias d’investigation comme Siena ont eux révélé que des engrais biélorusses sous le coup de sanctions européennes continuaient de transiter par le pays balte. Le ministère des Transports avait, dans la foulée, annoncé un renforcement des contrôles à toutes ses frontières.L’inflation, elle, déjà très élevée en Russie, bat des records à Kaliningrad : + de 10 % rien qu’en décembre, selon les chiffres officiels de l’institut national russe ...
    Más Menos
    3 m
  • Turquie: face à la répression, la détermination sans faille de la jeunesse d'Istanbul
    Apr 2 2025

    En Turquie, plus de 300 manifestants sont toujours détenus après les arrestations massives qui ont suivi l’incarcération d’Ekrem Imamoğlu. Ces étudiants encourent, pour la plupart, jusqu’à trois années de prison pour participation à des manifestations non autorisées. Leurs proches et leurs avocats dénoncent leurs conditions de détention et demandent leur libération immédiate.

    De nos envoyés spéciaux à Istanbul,

    Nafia Tanriverdi a les traits tirés malgré le maquillage : depuis dix jours et l’arrestation de son frère Baki, cette jeune comédienne n’a cessé de se battre pour lui venir en aide. « Après l’incarcération d’Ekrem Imamoğlu, mon frère a rejoint les manifestants. Ensuite, nous n’avons pas eu de nouvelles de lui pendant deux jours. Nous avons pensé aux pires des scénarios. Nous l’avons cherché partout, en allant dans les commissariats. Et finalement, nous l’avons trouvé à la fin du deuxième jour. On ne s’attendait pas du tout à ce qu'il soit arrêté, nous avons donc été très choqués », raconte-t-elle.

    Le jeune homme n’avait jamais participé à une manifestation de sa vie et il risque désormais de six mois à trois années de prison. Sa vie a basculé, comme celle de plus de 300 personnes arrêtées durant les manifestations ces derniers jours en Turquie. L’avocate Bedia Büyükgebiz dénonce un abus de pouvoir et une procédure entachée d’illégalité : « Ils ont été arrêtés pour avoir refusé de se disperser à l’issue d’une manifestation non autorisée. Mais d’après la loi, ils ne devraient pas être incarcérés jusqu’à leur procès. Pour nous, il s’agit d’arrestations illégales. La réalité, c'est que le gouvernement a peur des manifestations et ne veut pas qu’elles continuent. Il veut effrayer les étudiants et leurs parents en leur disant : ne sortez pas de chez vous, n’allez pas dans la rue, sinon on vous arrêtera. »

    Une peur alimentée par les récits des mauvais traitements subis en détention : coups, insultes, humiliations. Une peur nourrie également par les arrestations au petit matin, aux domiciles des manifestants. Cette étudiante nous confie se réveiller tous les jours avec cette angoisse : voir débarquer les policiers à son domicile. « Comment la police trouve-t-elle les adresses ? Ils doivent scanner les images filmées pendant les manifs avec la reconnaissance faciale. Nous, pour éviter cela, nous avons trouvé la solution : porter des masques », explique-t-elle.

    Dans ce parc d’Istanbul, à l’écart des caméras, une poignée d’étudiants débat de la conduite à tenir en cas d’interpellation. Ils échangent des conseils, des contacts d’avocat ou de proche à prévenir en cas d’arrestation. « Oui, nous avons tous peur, en particulier les femmes, parce que nous avons vu et entendu que la police était particulièrement dure avec les femmes. Cela me fait peur, mais cela ne m’a pas empêché de rejoindre les manifestations. Je n’aurais pas pu rester chez moi à la maison, sans rien faire. Il fallait nous battre pour notre avenir et contre l’injustice », affirme-t-elle. Car il n’est pas question d’abandonner la contestation. D’ailleurs, à la libération d’Ekrem Imamoğlu, s’ajoute désormais une autre revendication : la remise en liberté des 300 personnes arrêtées durant les manifestations.

    À lire aussiTurquie: l’opposition appelle au boycott et à une journée sans achats en soutien aux manifestants détenus

    Más Menos
    3 m
  • Taïwan: TSMC investit 100 milliards de dollars aux États-Unis, pour éviter la colère de Trump ?
    Apr 1 2025

    L’entreprise taïwanaise TSMC a annoncé début mars la construction de cinq usines de dernière génération aux États-Unis. Mais sur l’île qui produit 90 % des semi-conducteurs de pointe de la planète, certains voient cette industrie comme l’assurance-vie de l’île. « Le bouclier de silicium » comme elle est souvent surnommée. Car sans ces puces électroniques, le commerce mondial ne peut fonctionner. Ce qui garantit selon certains le soutien militaire américain contre la Chine. Mais est-ce que ce nouvel investissement, une concession à Donald Trump qui menaçait l’île de représailles douanières, a mis en danger la sécurité de Taïwan ?

    Au Lifayuan, l’Assemblée taïwanaise, les débats autour des 100 milliards de dollars d’investissements de TSMC aux États-Unis sont houleux. Depuis l’annonce, effectuée début mars à la Maison Blanche, par le président taïwanais Laï Ching-te et celui de l’entreprise, l’opposition est vent debout. « La plupart des taïwanais sont inquiets que cet investissement puisse nous priver de l’avantage dont on dispose dans le domaine des semi-conducteurs de dernière génération et que ce genre d’investissement porte atteinte à la sécurité nationale » explique Chance Hsu, directeur adjoint des affaires internationales du Kuomintang.

    Si Donald Trump, qui a longtemps accusé Taïwan de voler le marché des semi-conducteurs, n’a plus besoin des puces taïwanaises, pourquoi défendrait-il l’île ? Réponse, dans les couloirs de l’assemblée, de Robert Tsao, milliardaire créateur d’UMC, une autre entreprise de semi-conducteurs : « L’investissement de TSMC a été fait à l’invitation de Donald Trump, c’est un signe très positif pour consolider la relation entre Taïwan et les États-Unis. » Quant au risque de voir les dernières générations de puce quitter Taïwan et partir aux États-Unis, l'homme d'affaires se veut rassurant. « Non, cela va rester dans l’entreprise. N’importe quel développement aux États-Unis peut être utilisé à Taïwan. Tout cela va rester à Taïwan, c’est du n’importe quoi ».

    Au cœur des débats, les dernières générations de puces. Le gouvernement taïwanais a assuré qu’elles ne seraient pas produites aux États-Unis. Pour l’instant, elles sont manufacturées en grande partie au parc industriel de Xinzhu, à une heure au sud de Taipei. C’est là qu’est né le géant des semi-conducteurs, TSMC. Les puces – qui permettent à nos téléphones, ordinateurs et voitures de fonctionner – sont fabriquées dans d’immenses usines, frappée du logo rouge de l’entreprise taïwanaise. Un chantier permanent : à chaque nouvelle génération de puces, une nouvelle usine voit le jour.

    L’entreprise a accepté de nous accueillir dans son musée, mais interdit tout enregistrement sonore à l’intérieur. Alors, pour briser le culte du secret, il faut se tourner vers les anciens employés. « Ces puces vont être très proches technologiquement de celles produites à Taïwan. Taïwan commencera sûrement la production avant, mais cela prendra peu de temps de transférer aux États-Unis », estime Konrad Young, universitaire ayant longtemps été directeur de la recherche et du développement à TSMC. « En un sens, cela réduit l’effet de protection du "bouclier". Mais est-ce que TSMC veut être un bouclier ? Je ne sais pas. »

    Avec 40 000 emplois bientôt créés aux États-Unis, TSMC a au moins offert au camp Trump un argument pour défendre Taïwan à ses électeurs.

    À lire aussiChine vs États-Unis : avec le retour de Donald Trump, un grand clash aux effets planétaires

    Más Menos
    3 m
  • Turquie: les étudiants en tête des manifestations de soutien à Ekrem Imamoğlu
    Mar 31 2025

    Ils sont en première ligne de la protestation qui secoue la Turquie depuis l'arrestation du maire d'Istanbul, Ekrem Imamoğlu, et son incarcération le 23 mars. Les étudiants turcs manifestent, débattent et s'organisent non seulement pour défendre Ekrem Imamoğlu, le principal rival politique du président Recep Tayyip Erdogan, mais surtout pour leur avenir, qu'ils estiment menacé et bouché par le régime actuel, avec lequel ils ont grandi.

    Un reportage de notre correspondante à Ankara à retrouver dans la longueur dans Accents d'Europe.

    À lire aussiTurquie: les partisans de l'opposant Ekrem Imamoglu ne veulent pas baisser les bras

    Más Menos
    3 m
  • Nouvel An au Kurdistan irakien: le pèlerinage à Qandil des familles de combattants du PKK
    Mar 29 2025

    Chaque année, les soutiens du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) se réunissent au printemps pour fêter le Nouvel An kurde dans les montagnes du Kurdistan irakien, où la guérilla s'est réfugiée. Alors qu'un processus de paix est en cours entre le mouvement kurde insurgé et l'État turc, les familles des combattants ont profité de l'occasion pour prendre des nouvelles de leurs proches engagés au sein du PKK. Elles espèrent que le processus de paix leur permettra de retrouver la vie civile.

    De notre correspondant à Qandil,

    L'espace d'une nuit de danse, de musique et de discours, les partisans du PKK se réunissent pour célébrer Norouz, le Nouvel An kurde. Une fois par an, la guérilla leur ouvre ses portes dans son bastion des montagnes de Qandil, au nord de l'Irak. Pour les familles des insurgés, c'est aussi l'occasion d'un discret pèlerinage, à l'image de Shaya, dont la fille est morte au combat en 2006 : « Je suis venue fêter Norouz à Qandil pour sentir le parfum de ma fille, Zilan, et de tous ses camarades qui sont morts pour la liberté des Kurdes. »

    Protégée par des cimes escarpées qui s'élèvent à plus de 3 000 mètres, la plaine de Qandil est une forteresse naturelle. C'est ici que le PKK a installé ses quartiers généraux dans les années 1990, ainsi que les académies militaires et politiques au sein desquelles les aspirants combattants se forment à la guérilla. « Qandil est un endroit très spécial et on sait que nos enfants sont tous passés par ici, au cœur de la révolution. Zilan a vécu presque un an à Qandil. Ces arbres qui nous entourent nous rappellent nos enfants. Ils ont poussé sous leurs pieds et ont été arrosés par leur sang », poursuit Shaya.

    Espoir de retrouver des proches

    De nombreux combattants du PKK sont tombés à Qandil, constamment bombardé par les drones de la Turquie. Leurs portraits juvéniles sont exposés aux regards le long de la route qui serpente dans la montagne et devant lesquelles des familles viennent se recueillir. D'autres sont à la recherche d'informations : « La plupart des mamans viennent à Qandil pour Norouz avec l'espoir d'apercevoir leurs enfants. Or, c'est possible qu'ils soient déjà morts, mais qu'elles ne le sachent pas encore. »

    En marge des festivités, des femmes le visage recouvert d'un voile blanc arrêtent un homme à l'allure d'officier et font défiler des photos sur leurs téléphones. Trois enfants d'Amina sont déjà morts dans les rangs du PKK et deux de ses filles sont toujours mobilisées. La maman est inquiète : « Je n'ai pas de nouvelles de mes filles. Je ne les ai pas vues ici, je ne sais pas où elles sont. J'espère qu'elles sont vivantes. »

    Les règles du PKK sont particulièrement strictes et les contacts avec les familles prohibés. À l'abri dans sa tente battue par la pluie, Fatima a eu plus de chance et peut se réjouir : « Cette année, je suis venue à Qandil pour la première fois. Ça fait près de 20 ans que je n'avais pas vus certains membres de ma famille. J'ai une fille ainsi que deux oncles qui se battent ici, dans les montagnes. J'ai pu voir les voir aujourd'hui, c'était formidable de pouvoir leur parler, ils m'ont tellement manqué. Je leur souhaite d'être libres bientôt. »

    Sur la scène principale, les discours politiques s'enchaînent. Cette année, le Nouvel An kurde s'inscrit sous le signe des négociations de paix engagées entre la guérilla du PKK et la Turquie : « Je souhaite que les prisonniers soient libérés et que nous puissions rentrer chez nous parce que nous sommes des réfugiés ici au Kurdistan irakien. »

    C'est dans l'exil que les enfants de Fatima ont emprunté les sentiers de la guérilla, et c'est ici, dans les montagnes de Qandil, que seront discutés ces prochains mois les détails du processus de paix par les chefs du PKK.

    Más Menos
    3 m
  • Japon: des prix plus élevés pour les touristes étrangers, une mesure qui divise
    Mar 29 2025

    En 2024, le Japon a accueilli un nombre record de 37 millions de touristes étrangers, du jamais-vu. C'est en grande partie dû au cours du yen qui, depuis deux ans, a dégringolé à un niveau plancher, historiquement bas. Mais – revers de la médaille – au Pays du Soleil levant également, le sur-tourisme pose de plus en plus de problèmes. À Kyoto notamment, ainsi que dans les localités proches du Mont Fuji, où la pratique de tarifs différenciés en fonction de la nationalité des clients se répand dans l'archipel.

    Dans un nombre grandissant de restaurants, d'hôtels ou de musées, par exemple, les touristes étrangers sont priés de payer davantage que les Japonais. Et cette évolution ne fait pas l'unanimité. L'an dernier, les touristes étrangers venus au Japon y ont dépensé la somme faramineuse de 8 000 milliards de yens – près de 50 milliards d'euros –, soit davantage que le montant des exportations de semi-conducteurs nippons ou des recettes générées à l'international par le « cool Japan », comme l'on dénomme le secteur du manga, des films d'animation et des jeux vidéo.

    Le Japon 10% plus cher pour les étrangers

    Une manne providentielle donc, pour une économie nationale qui ne va pas bien. Pour autant, Kotaro ne culpabilise pas d'avoir instauré des tarifs différenciés : dans son restaurant, les clients étrangers paient 10% de plus que les Japonais. Car, ne parlant pas un mot d'anglais, il a dû engager une serveuse bilingue et faire traduire et imprimer des menus en plusieurs langues. Et puis, à ses yeux, ce système offre un grand avantage : « Sans cette petite contribution que je demande gentiment aux clients étrangers, j'aurais dû répercuter la hausse du prix des produits alimentaires sur mes tarifs, et donc proposer des menus moins abordables, au détriment de mes clients japonais. »

    À Asakusa, le quartier le plus touristique de Tokyo, les avis divergent. Pour cet homme, « en termes d'hospitalité, je trouve ça moyen. On devrait remercier, et pas pénaliser, tous ces touristes qui nous font l'honneur de leur visite ». Une femme estime que « quelques yens en plus ou en moins, ils s'en fichent. Ils roulent sur l'or grâce au taux de change ».

    « Je ne suis pas du tout sûre que les Japonais en vacances à l'étranger apprécieraient de devoir payer plus que les locaux », confie une autre. Et pour cet habitant de Tokyo, « trier les clients en fonction de leur origine, on a beau dire, mais, au bout du compte, cela relève du délit de faciès. C'est très délicat. Le cliché de ''l'infinie courtoisie japonaise'' va en prendre un coup ».

    À lire aussiJapon: avec 36,8 millions de touristes étrangers en 2024, le pays fait face aux défis du surtourisme

    Les touristes étrangers, eux, sont tout autant partagés. Un premier confie : « Si cela devient vraiment difficile pour les Japonais en raison de la hausse du coût de la vie, c'est peut-être une bonne idée de pratiquer de tels tarifs différenciés. » Un autre déclare : « Ces prix majorés pour les visiteurs étrangers, selon moi, automatiquement, ça va les dissuader. Certains vont trouver inéquitable de devoir payer plus. »

    Certains commerçants vont encore plus loin. À la devanture de ce minuscule restaurant de nouilles, par exemple, un écriteau rédigé en anglais informe que l'accès est réservé aux clients parlant le japonais. Son gérant se justifie : « Je suis nul en langues étrangères, n'ai pas les moyens d'engager du personnel bilingue et suis tout seul à la fois en cuisine et au service. Donc les dialogues improbables en français, en espagnol ou en swahili via des applis ou 'Google Translate', désolé, mais non merci : je suis beaucoup trop débordé pour cela. »

    Le droit japonais tolère de telles restrictions d'accès fondées sur la nationalité ou la langue, considérant qu'elles relèvent de la liberté commerciale.

    À lire aussiJapon: les experts mettent en garde contre une éruption du mont Fuji

    Más Menos
    3 m
  • «Je suis très découragé»: en Chine, les jeunes diplômés peinent à trouver leur place sur le marché de l'emploi
    Mar 27 2025
    Le taux de chômage des jeunes âgés de 16 à 24 ans est tombé à 15,7% en décembre 2024, après avoir atteint un pic de 18,8% en août, en raison de l'afflux de nouveaux diplômés. Avec plus de 12 millions de diplômés universitaires attendus en 2025, le fossé entre les attentes des demandeurs d'emploi et les opportunités disponibles continue de se creuser. De notre correspondante à Pékin,Organisée dans un centre commercial, cette foire à l'emploi réunit une centaine d’entreprises à Pékin, enChine. Ici, des milliers de jeunes Chinois, CV en main, parcourent les allées. Yue, jeune diplômée de 22 ans, estime qu’il est bien plus difficile pour les jeunes de trouver un emploi aujourd'hui que pour les générations précédentes. « Nous sommes nombreux et le coût de la main-d'œuvre a diminué. Cela, combiné au nombre limité de postes, rend la tâche plus difficile pour les personnes ayant un niveau d'éducation similaire au mien, explique la jeune femme. Et puis le report de l'âge de la retraite a un impact sur l'emploi : il n'y a pas beaucoup de place et tous les postes sont déjà occupés. La plupart des postes disponibles sont dans le domaine de la vente, ce qui ne correspond pas vraiment à ce que je recherche. Mon autre préoccupation, c'est de savoir si une entreprise est digne de confiance ou non. »Et le retour à l'emploi pour les femmesLi, une jeune mère de jumeaux, espère pouvoir revenir sur le marché du travail après un long congé maternité : « Je travaillais dans le domaine juridique, mais il n'y avait personne pour s'occuper de mes jumeaux, alors j'ai dû démissionner. Aujourd'hui, les employeurs s'intéressent d'abord à l'âge. Les premières conversations se passent bien, mais dès qu'ils entendent mon âge, ça devient un peu gênant. »Elle trouve que c’est un énorme défi à relever : « Je le comprends très bien du point de vue de l'entreprise - c'est logique, mais du point de vue d'une femme, c'est vraiment difficile. Les femmes apportent toujours une contribution silencieuse, qu'il s'agisse des tâches ménagères invisibles ou de la prise en charge des enfants. Et bien sûr, les entreprises vous demanderont : "Que ferez-vous de vos enfants ?" Si vous avez un enfant, ils vous demanderont si vous avez l'intention d'en avoir un autre. Si vous en avez deux, ils supposent que vous n'en aurez probablement pas d'autres. »À lire aussiLa Chine se penche sur une loi pour protéger les femmes des discriminations au travail Chen est allé à plusieurs foires à l’emploi, sans succès. Ce jeune homme de 23 ans espère que le gouvernement va mettre les bouchées doubles pour aider la jeune génération : « Je suis déçu, très découragé. Le taux d'emploi des jeunes diplômés est assez bas en ce moment, et la pression est intense. Si vous ne vous préparez pas aux études supérieures, vous vous préparez aux examens de la fonction publique, qui sont encore plus stressants. Pour ceux qui essaient de trouver un emploi directement, c'est encore plus difficile. J'espère que le gouvernement ou les écoles pourront organiser davantage de salons de l'emploi, peut-être plus fréquemment dans les écoles ou dans la société. S'il pouvait y avoir deux ou trois grands salons de l'emploi par mois, cela nous donnerait plus de chances de trouver du travail. »Le chômage des jeunes en Chine a de lourdes conséquences, à la fois sur l’économie et sur la société. Face à ces défis, Pékin reconnaît l’urgence de réformer le marché de l’emploi, en misant sur plus d’opportunités de travail, des aides financières, telles que le remboursement d’assurance chômage ou la baisse d’impôts et un soutien à l’entrepreneuriat.À lire aussiChine: le taux de chômage des jeunes au plus haut depuis le début de l'année
    Más Menos
    3 m